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This article was written on 31 oct 2013, and is filled under Invited.

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Interview : Antonin Scherrer

« C’est toujours quelque chose de particulier d’accompagner un jeune artiste dans son premier enregistrement, entre angoisse et euphorie. »

Edito

Antonin Scherrer a eu les délicates missions de succéder à la fondatrice de Claves et de déménager la société (bien sûr avec l’aide de quelques-uns…) de Thun à Pully. De plus, il a considérablement modernisé la communication et l’image de Claves en apportant sa « romand » touch et son goût immodéré pour l’écrit. On lui doit aussi quelques belles découvertes avec de jeunes artistes qui font l’actualité musicale. Antonin Scherrer est aussi un fervent de Claves au travers de ses émissions radiophoniques ; il n’est en effet pas rare qu’un postlude de concert soit généreusement consacré à une nouveauté ou à une ancienne gravure de Claves. Nous remercions Antonin Scherrer d’avoir répondu de sa plume à nos questions.

Claves: Antonin Scherrer, vous avez été directeur de Claves de 2003 à 2008,  quelles sont vos activités actuelles ?

Antonin Scherrer: J’ai repris la direction des mains de Marguerite Dütschler en 2003 et j’ai veillé sur la maison jusqu’en 2008, conduisant notamment le déménagement du site «historique» de Thun – Trüelweg 10b: une ancienne fabrique de bâtons de ski… ça ne s’invente pas! – à Pully. Je me concentre depuis sur mon activité de chroniqueur musical indépendant, collaborant avec des institutions comme la Haute Ecole de Musique de Lausanne (où j’enseigne le management de carrière aux étudiants en Master), la Radio Télévision Suisse (où j’anime le concert symphonique du mercredi soir sur Espace 2) et le Menuhin Festival Gstaad, et produisant des monographies «patrimoniales» sur des musiciens et des institutions à un rythme annuel (Jacques Pache, luthiers de Suisse romande, Victor Desarzens, Raffaele d’Alessandro, Ensemble Vocal de Lausanne, Conservatoire de Lausanne, Cinéma Capitole de Lausanne, Jean Perrin, Samuel Ducommun, Conservatoire Montreux-Vevey-Riviera, Institut de Ribaupierre…). Violoniste de formation, je garde un pied du côté de la «pratique» en dirigeant le Festival de musique ancienne «La Folia» de Rougemont (dont j’ai participé à la fondation en 2001) et en présidant la Commission musicale de l’Orchestre de Chambre de Lausanne depuis 2010.

ClavesParlez-nous de la production dont vous êtes le plus fier chez Claves

Antonin Scherrer: Choix cornélien! Chaque production est marquée d’une histoire propre, avec ses ombres et ses lumières. Trois productions me viennent spontanément à l’esprit. La plus ambitieuse: l’intégrale des Sonates pour violon et piano de Beethoven avec Corey Cerovsek et Paavali Jumppanen, accompagnée – grâce au soutien d’un généreux banquier privé genevois – d’un coffret-livre d’un luxe rare.

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La plus réjouissante: le premier album du pianiste Cédric Pescia, pari audacieux mais réussi sur les mythiques Variations Goldberg de Bach, couronné par un beau succès public; c’est toujours quelque chose de particulier d’accompagner un jeune artiste dans son premier enregistrement, entre angoisse et euphorie.

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La plus médiatisée: dans la collection CHRONOS (chère à mon cœur d’exhumateur de trésors passés), l’enregistrement historique du 3e Concerto de Beethoven et du Concerto de Schumann par Clara Haskil  et Ernest Ansermet tiré des archives de la Radio Suisse Romande.

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on pourrait aussi évoquer le disque Christian Ferras, la Symphonie espagnole de Nathan Milstein ou encore l’émouvant Pelléas et Mélisande au Grand Théâtre de Genève avec Gérard Souzay et Eric Tappy.

Claves: Quel disque Claves du back catalogue auriez-vous aimé produire ?

Antonin Scherrer: L’intégrale des concertos pour violon de Paganini par Alexandre Dubach.

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D’abord parce que c’est l’une des meilleures intégrales du genre, ensuite parce que c’est un musicien hors norme, virtuose et attachant à la fois – il faudrait l’enregistrer dans ses variations «à la Paganini» sur des chansons populaires alémaniques!

Claves: Vous avez bien connu la fondatrice de Claves, Marguerite Dütschler, parlez-nous de cette rencontre

Antonin Scherrer: Un personnage! Généreuse, exubérante… inoubliable! Je l’ai rencontrée comme journaliste lorsque Claves fêtait ses trente ans je crois, en 1998. Mais l’image la plus marquante reste celle d’une dame qui en impose, infatigable, passionnée, le sac à main toujours rempli des dernières nouveautés à distribuer – un point sur lequel, faute de sac approprié, je n’ai jamais pu rivaliser! J’ai toujours été impressionné par cette foi inébranlable qu’elle avait en ses nouvelles productions et les artistes qu’elle défendait: une fidélité proche de celle d’une mère pour ses enfants. J’espère conserver au moins la moitié du quart de sa flamme lorsque j’aurai atteint son âge… C’est ce qui a sans doute rendu sa succession à la fois passionnante… et délicate par moments, tellement son ombre tutélaire planait sur la maison. Le déménagement à Pully m’a permis d’affirmer une ligne plus personnelle sur la direction des affaires – en collaboration avec le Conseil – tout en m’efforçant de conserver vivant l’esprit qui a fait la force et la longévité de Claves depuis 1968.

Claves: Une anecdote à nous raconter ?

Antonin Scherrer: Il y en a tellement… Les limites de l’enregistrement studio, d’abord: trois journées ont été consacrées à La Chaux-de-Fonds à l’enregistrement des Variations Goldberg par Cédric Pescia; trois journées intenses, de prises et de reprises, ponctuées finalement par une prise intégrale, avec nous tous dans la salle, un peu pour le plaisir… La majorité du public ignore que le 98% de l’enregistrement finalement sorti est issu de cette prise quasi «live»!

Nos amis les Basques: une collection unique, initiée par Marguerite Dütschler et qui se poursuit aujourd’hui (dans l’exacte mise en page des CDs du début!). De magnifiques découvertes musicales, mais aussi une incroyable aventure humaine, réalisée non pas à l’occasion d’un enregistrement mais de la sortie officielle d’un volume: voyage quasi «diplomatique», qui m’a replongé dans l’ambiance irréelle de «Tintin et les Picaros», tant Claves est là-bas perçu comme une forme d’ambassadeur culturel international de la culture basque. Et quelle cuisine…

Un regret enfin: celui de ne pas avoir connu la période grisante de l’âge d’or (éphémère, pour ne pas dire trompeur) du CD – cette époque où seule la qualité d’un artiste ou d’un projet comptait pour foncer, au-delà de toute contingence matérielle… Nostalgie, quand tu nous tiens!

Claves: Merci cher Antonin et tout de bon pour la suite !

Retrouvez Antonin Scherrer et son épouse Aude : http://blip.tv/creanima/aude-et-antonin-scherrer-up-461170

 

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