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This article was written on 04 mai 2012, and is filled under Back Catalogue, New on digital stores.

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Vive la France !

C’est le bon moment de vous parler de la France, n’est ce pas ? Aussi, vous trouverez ci-dessous un texte repris d’un site spécialisé sur le flamenco http://www.flamencoweb.fr/spip/nous parlant d’un compositeur français très apprécié chez Claves, Henri Collet.

Dans cet article, vous découvrirez aussi une des facettes inattendues des activités d’un Président de la République…

Bonne nouvelle : les cd Henri Collet sont à nouveau disponibles chez Claves  !

Henri Collet (1885 – 1951)

par Claude Worms

 

 

 

Saviez-vous qu’ un compositeur français avait écrit deux concertos flamencos, en 1946 ?

Personnage singulier au talent protéiforme, Henri Collet n’ est guère mentionné, dans les histoires de la musique française au XX siècle, que pour avoir assuré la promotion de quelques jeunes musiciens iconoclastes en inventant pour eux l’ étiquette « Groupe des Six », dans deux articles de la revue Comoedia des 16 et 23 janvier 1920.

Né à Paris, mais bordelais d’ adoption pendant ses années de scolarité, Collet est un enfant surdoué qui devient bachelier à quatorze ans et demi, sur dispense du Président de la République. Dans la foulée, il passe l’ agrégation d’ espagnol (1909) , et consacrera d’ ailleurs quelques savants ouvrages à la littérature hispanique. Parallèlement, il acquiert une solide technique pianistique sous la férule de Joseph Thibaud…, ce qui ne l’ empêche pas de s’ intéresser aussi à la pratique des instruments à vent, notamment du cor.

Entre 1901 et 1913, il effectue plusieurs séjours d’ étude en Espagne, à Vitoria, Burgos, Barcelone et Madrid, sans compter un mémorable tour de Castille à dos d’ âne. Il y contracte une fascination durable pour les musiques populaires espagnoles, et se lie avec les deux grands folkloristes Felipe Pedrell et Federico Olmeda. A partir de 1913, Collet s’ établit définitivement à Paris. Il est nommé professeur à la Casa Velazquez, rédige un thèse toujours d’ actualité sur le « Mysticisme musical espagnol au XVI siècle » (Alcan – Paris, 1913), et fréquente assidûment le cercle des compositeurs espagnols de la capitale : Nin (cubain, mais grand arrangeur de mélodies populaires espagnoles), Turina, Rodrigo, Mompou, et surtout Manuel de Falla, avec lequel il travaille l’ orchestration. Ses écrits seront dès lors consacrés à ses deux passions : en tant que journaliste, il sera un ardent propagandiste de la musique française contemporaine (dont, naturellement, les compositeurs du « Groupe des Six ») ; en tant que savant théoricien il consacrera plusieurs ouvrages à la musique espagnole (entre autres : « Victoria », Alcan – Paris, 1914 ; « Albéniz et Granados », Presses de la Cité – Paris, 1919 ; « L’ essor de la musique espagnole au XX siècle », Max Eschig – Paris, 1929). Il trouve aussi quelques loisirs pour écrire  » L’ île de Barataria », un roman couronné en 1929 par le Prix national de Littérature…

La critique musicale française n’ aimant guère les artistes rétifs à l’ étiquetage catégoriel, c’ est sans doute cette versatilité qui a fait durablement obstacle à la diffusion de l’ oeuvre proprement musicale d’ Henri Collet. Ajoutons à cela un autre handicap singulier : de sa première à son ultime composition (respectivement : « Poème de Burgos », pour violon et orchestre – 1912 / « Symphonie de l’ Alhambra » – 1947), son catalogue se réfère constamment à l’ Espagne, et notamment au folklore castillan, à l’ exception de quelques oeuvres très minoritaires, dont une « Messe Brève de Pentecôte », des mélodies sur des poèmes de Francis Jammes, la musique de scène de « Font aux Cabres », ou quelques opérettes (« Godefroy », sous-titré « bouffonnerie musicale d’ après Courteline » ; « Mademoiselle Géranium »). On en jugera par la liste suivante, non exhaustive :

Voix et piano :

« Poema de un día (six mélodies castillanes) » – 1920

« Cinq chansons populaires castillanes » – 1923

« Sept chansons de Burgos » – 1926

« La pena » – 1933

Piano :

« Chants de Castille » – deux cahiers, 1920 et 1922

« Danses castillanes » – 1925

« Clavelitos (danses gitanes) » – version pour piano de la musique de ballet éponyme – 1928

« Danses espagnoles » – 1936

« Alma española (75 recuerdos, cancionero espagnol) » – 1942

« Album d’ Espagne » – 1948

Musique de chambre :

« Castellanas » – piano et quatuor à cordes, 1921

« Sonate castillane » – violon et piano, 1921

« Trio castillan » – piano et cordes, 1921

« Romería castellana » – quintette à vents, 1925

« La perra mora » – vents et quatuor à cordes, 1925

« Quatuor castillan » – quatuor à cordes, 1937

Musique symphonique

« Poème de Burgos » – violon et orchestre, 1912

« Rapsodie castillane » – violon ou alto et orchestre, 1924

« Concerto flamenco n° 1″ – piano et orchestre, 1946

« Concerto flamenco n° 2″ – violon et orchestre, 1946

« Symphonie de l’ Alhambra » – 1947

Musiques de scène

« La cueva de Salamanca (intermède) » – 1923

« Clavelitos (ballet andalou) » – 1928

« El baile e los enanos (ballet ») – 1929

« Cervantes à Alger (comédie lyrique) » – 1930

« Los toreros (ballet-pantomime) » – 1932

« Les trois tonadillas (intermède lyrique espagnol) » – 1936

« La gitanilla (opérette – d’ après Cervantes) » – 1938

Le style d’ Henri Collet est d’ abord un art de la concision et d’ l’ ellipse, qui confinent parfois à l’ ascétisme, notamment dans ses pièces pour piano et ses mélodies (23 mesures pour « Mi corazón tu lo tienes », n° 4 du recueil « Poema de un día »). Même la durée de ses oeuvres symphoniques ne dépasse pas 20 à 25 minutes, le compositeur s’ y montant soucieux avant tout de clarté et de rigueur formelle : usage d’ un leitmotiv pour les trois mouvements du concerto pour violon ; bi-thématisme (issu de la Mariana et de la Petenera populaire) et forme sonate pour la « Symphonie de l’ Alhambra ». De ce point de vue, Collet est bien de son temps : néoclassicisme, et une orchestration transparente qui n’ est pas sans évoquer le Darius Milhaud de la « Suite provençale ».

Mais il se distingue nettement de ses contemporains et immédiats devanciers, par son usage de l’ « inspiration ibérique ». Contrairement à Lalo, Chabrier, Bizet, Debussy, Ravel, Ibert…, il puise fréquemment directement aux sources, notamment pour les pièces pour piano et les mélodies (pour ces dernières, le « Cancionero popular de Burgos » publié par Federico Olmeda en 1902 est fréquemment sollicité). Les lignes mélodiques originelles sont très peu modifiées, sauf quelques transpositions et changements de mesure. Le processus de « recréation » du répertoire populaire est surtout remarquable dans l’ harmonisation, très respectueuse de la modalité des modèles mélodiques et d’ une grande discrétion (un tact qui manque souvent aux compositions « ibériques » « pittoresques » de l’ époque), et dans le traitement de l’ accompagnement instrumental et / ou de l’ orchestration, qui figure fréquemment la guitare et les percussions. Surtout, Collet évoque avec génie les affects contrastés de ses sources d’ inspiration, du recueillement minimaliste et douloureux (début du deuxième mouvement du concerto pour piano – « Soleá ») aux déluges rythmiques sur crescendos abrupts (irruptions de l’ orchestre dans le troisième mouvement du concerto pour violon – « Sevillana »).

On notera enfin que pour Henri Collet, l’ inspiration hispanique n’ est pas spécifiquement connotée à l’ Andalousie, mais plutôt à la Castille. Restent quelques belles références à notre musique, depuis la Mariana des « Cinco canciones populares castellanas » (le compositeur assigne cette mélodie aux hauts plateaux castillans et non à l’ Andalousie, sans que l’ on puisse localiser ses sources) jusqu’ à la « Symphonie de l’ Alhambra », en passant les « Clavelitos » (Saeta, Alegría, Farruca, Tango gitano, Sevillana…), les « Danses espagnoles » (La Rosa, Zapateado, Fandango…), l’ « Album d’ Espagne » (« Morisca », « Gitana »…) et les deux « Concertos flamencos ». Son ultime triptyque symphonique de 1946 – 1947 (les deux concertos et la symphonies) aura en tout cas été andalou et flamenco. Faut-il y voir un signe ?

Claude Worms

Discographie

Les enregistrements de l’ oeuvre d’ Henri Collet brillent par leur rareté et leur confidentialité : seulement trois albums, épuisés et difficilement trouvables d’ occasion. Merci aux labels concernés de bien vouloir les rééditer !

« Cantos de España » : Claves CD 50-9506 (1995)

Rachel Yakar : soprano / Claude Lavoix : piano

Concertos flamencos + Symphonie de l’ Alhambra : Claves CD 50-9801 (1998)

Régis Pasquier : violon / Ricardo Requejo : violon / Real Orquesta Sinfónica de Sevilla, direction : Gary Brain

NB : ces deux disques ont été repris en un double CD « Hommage à Henri Collet »… lui aussi épuisé

« Danses espagnoles pour piano » CD Marcal Classics 9811001 (1998)

Isabelle Oehmichen : piano

Principaux éditeurs des partitions des oeuvres d’ Henri Collet

Salabert / Max Exchig / Heugel

Bibliographie

J. Harbec et N. Paiement : Catalogue des oeuvres de Henri Collet – Montréal, 1989

C. Le Bordays : « Henri Collet (1885 – 1901) : le compositeur » – Revue internationale de musique française n° 26, 1988

B. A. Kraus : « Henri Collet et Comoedia » – Revue internationale de musique française n° 29, 1989

S. Etcharry : « Les mélodies castillanes d’ Henri Collet (1885 – 1951) : une approche originale de l’ Espagne dans la musique française » – in « La musique entre France et Espagne. Interactions stylistiques. 1870 – 1939″, textes réunis par Louis Jambou – Presses de l’ Université de Paris-Sorbonne, 2003



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