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This article was written on 23 août 2011, and is filled under News.

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La culture en mode durable

 

Claves, Le label de musique classique basé à Lausanne poursuit une stratégie de niche.

FRÉDÉRIC MAMAÏS ©

Olivier Verrey arbore un grand sourire. France Musique a diffusé le matin même l’un des derniers disques de son catalogue, les oeuvres pour piano de Schumann interprétée par Cedric Pescia. Une réédition de la «Schöne Müllerin» de Schubert interprétée par le ténor Eric Tappy, sans doute l’artiste vivant le plus célèbre de Suisse, mais aussi l’organiste Kei Koito viennent eux aussi d’enrichir la collection du label Claves, en mains du notaire pulliéran depuis 2008. Personnalité incontournable de la culture vaudoise, Olivier Verrey est avant tout un intarissable passionné de musique classique. Une passion doublée d’un sacerdoce: poursuivre le développement du premier label de Suisse. La maison de disques est aussi liée au Concours international de piano Clara Haskil et du Zermatt Festival, qui auront lieu tous deux début septembre.

Depuis l’an dernier, c’est l’ancien directeur de l’Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL), Patrick Peikert, qui assure la fonction de CEO de Claves. Ce dernier est arrivé après avoir quitté son fonction en même temps qu’Olivier Verrey quittait celle de président du conseil de fondation de l’OCL fin 2009. Les cartons ouverts il y a quelques semaines seulement.

Créé à Thoune en 1968 par Marguerite Dütschler, à une époque où la Suisse ne comptait aucun label classique, Claves a traversé cinq décennies avec la réputation de publier des disques de qualité. En 2003, la Fondation Clara Haskil rachète l’entreprise. «Marguerite Dütschler avait des difficultés à maintenir l’équilibre financier, explique Olivier Verrey. Elle avait auparavant refusé une offre de rachat de plusieurs millions, estimant que son catalogue, qui comportait à l’époque plus de 400 titres en valait davantage. » C’était le tournant des années 2000, l’industrie du disque était alors en chute libre. Ses opérateurs, des majors aux entités locales, affrontent des baisses de vente vertigineuses qui effaceront rapidement des décennies de rentabilité presque insolente. Le classique, une goutte d’eau qui pèse 1,7% du marché mondial du disque, n’est pas épargné par la tendance de fond.

Le label basé à Lausanne-Pully doit donc lui aussi compter avec des ventes en régression depuis plusieurs années, alors que l’offre globale s’accroît. «Certains enregistrements de Claves ont été vendus à 100.000 exemplaires à une époque où il n’y avait que 20 ou 30 nouveautés par mois, se souvient Olivier Verrey. Aujourd’hui, c’est près de 300 nouveaux disques qui sont publiés chaque mois et nous vendons en moyenne 1500 à 2500 exemplaires par disque.» Reste qu’en devenant l’unique actionnaire de Claves, le notaire «a les coudées franches» pour assumer lui-même les aléas financiers et repenser le modèle d’affaires.

L’arrivée du nouveau directeur correspond à une période de nouveaux défis pour relancer l’entreprise. La diversification des canaux de distribution va se poursuivre et présente déjà des résultats réjouissants. La clientèle se répartit pour un tiers en Suisse et le reste en Europe, en Asie et aux Etats-Unis. Claves est présent sur 50 plateformes de téléchargement payantes. Dans le reste du secteur, en général, les ventes en lignes sont stables. «Chez nous, elles sont en légère augmentation depuis trois trimestres, détaille Patrick Peikert. Nous ne savons pas si cela est dû au fait que nous travaillons beaucoup avec ce système.» Le label est présent sur les plateformes depuis 2007. «Nous faisons face à un public qui n’est pas toujours habitué à ce type de support. Dans le classique, nous avons parfois l’impression que le consommateur préfère le support physique.»

PATRICK PEIKERT

En termes de financement, des progrès restent à accomplir. «Notre priorité, cette année, est d’instaurer le principe d’un financement assuré à 100% jusqu’au pressage du disque», explique Patrick Peikert. Ensuite, le label prend en charge toute la phase promotionnelle et de distribution. Le coût de production d’un disque sans orchestre s’élève lui en moyenne à 35.000 francs. Contrairement à ce qu’elles font pour le livre, de nombreuses fondations privées ou publiques refusent de soutenir la parution d’un disque, regrette le CEO. Le motif de cette politique, qui était encore valable il y a vingt ans, ne l’est plus. A l’époque, la publication d’un disque était synonyme d’importants revenus, ce qui n’est plus forcément le cas. Les pratiques de cachet ont elles aussi changé: tous les orchestres gagnaient de l’argent il y a 20 ans. Aujourd’hui, ce sont eux qui doivent payer pour être publiés, relève l’ancien directeur de l’OCL.

Dans ce contexte, Claves ne vise pas la rentabilité à tout prix, mais un minimum de pertes. Olivier Verrey prend avec coeur son activité d’entrepreneur du disque, mais reste songeur. «Lorsque je regarde le bilan, j’aimerais parfois ajouté un «K» à côté des nombres, pour les transformer en kilofrancs! ». Et pour augmenter ses ventes, Claves a étendu sa visibilité avec une forte activité sur les réseaux sociaux, ainsi que sur le blog, fréquemment alimenté. «Nous devons faire un véritable tintamarre pour nous faire connaître», sourit le propriétaire. Ce dernier ne s’étend jamais longtemps sur les chiffres, gardant sa verve pour évoquer le livre consacré à Eric Tappy à l’occasion de ses 80 ans, écrit par la journaliste Myriam Meuwly avant sa disparition.

Enfin, Claves va aussi diversifier ses sources de revenus en se lançant prochainement dans le travail d’agent. Le label va commencer cela avec le pianiste irlandais Finghin Collins, lauréat du Concours Clara Haskil en 1999 et qui a enregistré un des concerti pour piano de Charles Stanford pour Claves l’an dernier.

Globalement, Olivier Verrey est convaincu qu’en dépit du caractère peu rentable de cette activité, sa maison tient un rôle essentiel dans la diffusion et la connaissance des artistes. «Il n’y a pas la place pour dix labels en Suisse, c’est une réalité. Mais il y en aura toujours au moins une à occuper en Suisse.»

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